Deux mois après l’entrée en vigueur de la réforme, la facturation électronique commence à livrer ses premiers chiffres consolidés. Dans un entretien accordé le 27 octobre à IT for Business, Emmanuel Spinat, directeur de l’Agence pour l’informatique financière de l’État (AIFE), dresse un bilan précis du démarrage : environ 30 millions de factures déjà échangées, 155 plateformes agréées raccordées et un taux de rejet ramené autour de 3 %. Un état des lieux que les directions financières et les cabinets ont tout intérêt à décortiquer, car il dessine la feuille de route des prochains mois.
Plan de l'article
30 millions de factures et la barre des 100 milliards d’euros franchie #
Depuis le 1er septembre 2026, les grandes entreprises et les ETI doivent émettre leurs factures au format électronique via une plateforme agréée. Selon l’entretien d’Emmanuel Spinat à IT for Business, le dispositif a déjà vu transiter quelque 30 millions de factures, représentant plus de 100 milliards d’euros. L’AIFE estime avoir dépassé la moitié de sa cible pour cette première phase, aussi bien en nombre d’entités raccordées qu’en volume financier, et vise un régime nominal pour les grandes entreprises et les ETI d’ici la fin de l’année.
Le point noir des premières semaines, les rejets entre plateformes, se résorbe nettement. « Nous sommes aujourd’hui proches de 3 % de rejets communiqués à la PPF pour non-conformité », indique le directeur de l’AIFE, contre environ 12 % au tout début. Certaines plateformes atteignent déjà 100 % de conformité, quand celles qui démarrent passent par une phase de rodage autour de 80 % pendant quelques jours.
Les paires émetteur-récepteur sous surveillance dès novembre
Le taux de rejet varie fortement selon les couples émetteur-récepteur. À partir de début novembre, l’AIFE identifiera les paires de plateformes présentant des taux anormalement élevés, afin de faire progresser l’interopérabilité. « L’objectif n’est toutefois pas d’être dans une logique de sanctions », précise Emmanuel Spinat. Autre jalon attendu ce mois-ci : les statistiques sur les statuts d’encaissement devraient commencer à devenir significatives, un indicateur précieux pour le pilotage du poste clients.
Duplicatas, cybersécurité : les zones de vigilance #
Pendant la transition, la DGFiP tolère l’émission de duplicatas par l’ancien circuit, sans que la durée de cette période ne soit encore arrêtée. Les entreprises qui s’appuient sur ce filet de sécurité doivent donc anticiper sa fermeture plutôt que de s’y installer.
La sécurité, elle, s’est invitée dans l’actualité du dispositif : l’AIFE a suspendu pendant 48 heures les échanges avec la plateforme Factuali, liée à l’éditeur VosFactures, après un incident de cybersécurité dont l’agence dit avoir appris l’existence par la presse. L’épisode rappelle que le choix d’une plateforme agréée est aussi un choix de confiance : 250 hackers éthiques travaillent en permanence sur le périmètre de l’AIFE via un programme de bug bounty, et des audits de l’ensemble des plateformes agréées sont attendus d’ici la fin de l’année.
Cap sur septembre 2027 pour les PME #
Pour les PME, TPE et micro-entreprises, l’obligation d’émission arrive le 1er septembre 2027. Mais attention : la réception de factures électroniques s’impose déjà à toutes les entreprises assujetties depuis septembre 2026, comme le rappelait Previssima à la veille de l’entrée en vigueur. Concrètement, une PME qui n’a pas encore choisi sa plateforme agréée reçoit peut-être déjà des factures qu’elle ne consulte pas.
Les enseignements du démarrage des grandes entreprises donnent une feuille de route claire aux structures plus petites : choisir sa plateforme sans attendre l’été 2027, fiabiliser ses données de facturation en amont pour éviter les rejets de non-conformité, vérifier son inscription dans l’annuaire tenu par la plateforme publique, et interroger son prestataire sur ses garanties de sécurité. Le rodage que viennent de vivre les ETI, avec ses taux de rejet à deux chiffres des premières semaines, sera d’autant plus court que la préparation aura été sérieuse.
Questions fréquentes #
Quel est le taux de rejet actuel entre plateformes agréées ?
Environ 3 % des échanges communiqués à la plateforme publique sont rejetés pour non-conformité, contre près de 12 % au démarrage de la réforme en septembre 2026, selon l’AIFE.
Combien de plateformes agréées sont raccordées ?
155 plateformes agréées sont raccordées au dispositif, selon le bilan présenté fin octobre 2026 par le directeur de l’AIFE. Des audits de l’ensemble de ces plateformes sont prévus d’ici la fin de l’année.
Quand les PME devront-elles émettre des factures électroniques ?
L’obligation d’émission s’applique aux PME, TPE et micro-entreprises à partir du 1er septembre 2027. L’obligation de réception, elle, concerne déjà toutes les entreprises assujetties depuis le 1er septembre 2026.



